15 juin 2020 Par Pascal 0

Le WiKi de l’art urbain

La pratique du graffiti est nécessairement ancienne, s’inscrivant parfois dans la lignée de l’art pariétal, comme le rappelle, non sans malice, Magda Danysz (2015), qui dit que « de la grotte de Lascaux aux hiéroglyphes, le graffiti existe depuis toujours ». Prenant du recul, elle fait cependant le constat historiographique suivant : « En 1942, un ouvrier américain nommé Kilroy, qui travaillait dans une usine de bombes basée à Detroit, écrit « Kilroy was here » (« Kilroy est passé par là ») sur les pièces détachées qui déroulent le long de sa chaîne de production. Assemblées, les bombes étaient ensuite larguées avec ce slogan ironique et vengeur, et Kilroy s’est vite taillé une belle réputation de patriote chez les soldats, qui en réponse écrivaient « Kilroy was here » sur les murs qu’ils croisaient »3.

La part du street art dans le marché de l’art contemporain, en volume, augmente sensiblement, et certains de ces artistes vivants, dépassent, en termes de ventes, des artistes décédés11

L’art urbain a une longue histoire multiple et relativement complexe. Cela s’explique d’abord par le sens longtemps figé que l’on donnait à des mots comme « art, beaux-arts, expression artistique », termes alors dévolus à des canons, des dogmes, des dispositifs réglementés ou contingentés. Ensuite, chemin faisant, et qu’une forme de reconnaissance et de récupération émergeait, on a assisté à une non différenciation des pratiques composant les arts urbains, qui ont été regroupées, selon C215, « sous le terme fourre-tout de street art » (2015)2.

L’appropriation par le street-artist d’un lieu public « est né à la conjonction de mouvements esthétiques et d’un contexte socioculturel et économique propre au New York des années 19704. Cependant, les premiers tags, signés Cornbread (en) et Cool Earl, apparaissent à Philadelphie à la fin des années 1960. Le cas de Cornbread est particulier : ce jeune-homme s’amusait à signer de son nom des messages amoureux ciblant une seule personne un peu partout dans la ville3.

« C’est aussi à cette époque que dans plusieurs pays des deux côtés de l’Atlantique, du fait de la disponibilité de peintures « émaillées » vendues sous la forme d’aérosols (originellement destinées à la peinture d’automobiles), une partie des graffiti a gagné une vocation esthétique. C’est ainsi qu’en 1969 on voit les véritables débuts du graffiti à New York, avec Taki 183Frank 207Phase 2Barbara 62 et Eva 62Stay High 149Joe 136Julio 204 et des dizaines d’autres »5. Ainsi, « l’art s’est déplacé de l’objet spécialisé en galerie vers l’environnement urbain réel »6.

L’art urbain en tant qu’initiative individuelle commence à s’épanouir en France à partir de Mai 19687. Cependant, en 1963, l’artiste Gérard Zlotykamien dessinait, à la bombe de peinture, des silhouettes fantomatiques dans l’immense chantier dit du « trou des Halles » à Paris8. Après être intervenu sur le plateau d’Albion à coup de pochoirs, action totalement illégale, Ernest Pignon-Ernest exécute une fresque sur les murs de la Bourse du commerce9, également située aux Halles. Ces deux artistes n’ont reçu aucune commande, leurs actions étaient spontanées et rebelles3.

Au début du xxie siècle, la tendance est plutôt à l’institutionnalisation du street art qui a sa place dans les galeries, les musées, les salles de ventes ou sur des façades monumentales10.

  1. Stéphanie Lemoine, op. cit. : « récemment rebaptisé street art ».
  2.  Renucci, Franck, (1963- …)., Réol, Jean-Marc., Perret, Catherine, (1956- …). et Veaute, Monique., L’artiste, un chercheur pas comme les autres, vol. 72, CNRS éditions, dl 2015, cop. 2015, 293 p. (ISBN 978-2-271-08813-0OCLC 930694156lire en ligne [archive]).
  3. ↑ Revenir plus haut en :a b c et d « Aux origines du street art #1 : le graffiti new-yorkais (1942-1983) », entretien entre M. Danysz et Olivier Granoux, In: Télérama, 1er décembre 2015 [revu le 4 mai 2018] — en ligne [archive].
  4.  Hugues Bazin, « L’argot graffiti ou l’art populaire comme rapport à l’art légitime », in Patrimoine, tags et graffs dans la ville, Ed. Bordeaux : SCEREN-CRDP, 2004, p. 201-207.
  5.  Photograffi(ti)es d’Expressions Murales : Pierres Philosophales (Volume 1), Collectif des 12 Singes, 2010 (lire en ligne [archive]).
  6.  Allan Kaprow, in L’Art et la vie confondus, p. 261.
  7.  Entretien avec Banksy [archive] dans Le Monde, 11 décembre 2010.
  8.  Stéphanie Lemoine et Julien Terral, In situ : Un panorama de l’art urbain de 1975 à nos jours, Éditions Alternatives, 2005, p. 157.
  9. ↑ Revenir plus haut en :a b et c Ernest Pignon-Ernest : « Je cherche à activer les lieux, à exacerber leur potentiel », entretiens avec Julia Zortea, 14 novembre 2011 — Lire sur article11.info [archive].
  10.  Sophie Pujas, Street Art. Jeux éphémères, Tana éditions, 2016, p. 124-125.
  11.  « Le marché du street art arrive à maturité », Le Monde,‎ 8 janvier 20 (lire en ligne [archive])